En rédigeant son troisième grand ouvrage «Liber Divinorum Operum», «Livre des Œuvres divines», achevé en 1174 après un travail colossal de 11 ans, Hildegarde réalise un nouveau chef-d’oeuvre.

Son écriture cosmogonique puissante laisse resplendir l’univers au lecteur comme Œuvre divine. La puissance de l’Amour de Dieu est à l’origine de la Création, de l’Incarnation en la personne de son Fils, de la Rédemption des péchés du monde à la fin des temps, embrassant tout l’univers en une seule unité. L’homme apparaît comme un microcosme reflétant, à travers sa condition physique et spirituelle, l’ordre du cosmos entier, du macrocosme. Dieu a donné une forme humaine à chaque élément de la Création. «Juste comme un artiste, ayant ses moules avec lesquels il fait ses vases» écrit Hildegarde, «Dieu a créé, formé l’être humain d’après la structure de l’univers, d’après l’ensemble du cosmos». Les formes basiques de l’être sont, pour Hildegarde, le cercle et la croix – symboles d’Amour divin, d’unité et de salut, de rédemption ainsi que signes du temps et de l’éternité.

Les miniatures aux couleurs somptueuses, représentant fidèlement les visions d’Hildegarde du cosmos sont d’une intensité d’expression exceptionnelle. 42 miniatures ont été recensées en tout (35 dans «Scivias» et 7 dans le «Livre des Œuvres divines»). Elles n’ont probablement plus été réalisées de son vivant mais peu de temps après sa mort. Sont surtout incomparables la représentation de l’homme dans la roue du cosmos, celle de l’Amour divin prenant la forme d’une femme et la vision de la Trinité. Le langage symbolique des couleurs, emprunté largement à l’iconographie médiévale dont s’est inspirée Hildegarde et, par la suite, ses peintres de miniatures, est particulièrement remarquable. Il oriente à nouveau la compréhension et l’interprétation vers un des grands thèmes fondamentaux de l’œuvre d’Hildegarde qu’elle résume à la fin de son troisième grand ouvrage: «Et je revis la Lumière vivante et entendit une voix du ciel qui m’enseigna ces paroles : Sois à présent la louange de Dieu en son Œuvre, l’Humanité. Pour le salut de celle-ci, Il a affronté sur terre les combats les plus violents …»

Chronologie

1098 Hildegarde naît à Bermersheim près d’Alzey

vers 1112 Elle entre au couvent de Jutta de Sponheim, dépendant du monastère de Disibodenberg

1136 Hildegarde est élue abbesse du couvent, qui s’est agrandi au fil des années

1141 – 1151 Elle travaille à son œuvre «Scivias», à de nombreuses compositions de chants et au drame lyrique «Ordo Virtutum»

1147/48 Lors d’un synode de réforme à Trêves, le pape Eugène III reconnaît les écrits d’Hildegarde

1150 Hildegarde s’installe avec 20 religieuses dans un nouveau monastère qu’elle fonde sur le Rupertsberg près de Bingen

entre

1158 et 1170 Elle prêche en public à plusieurs endroits, entre autres à Mayence, Wurtzbourg, Bamberg, Trêves, Metz et Cologne

1158 – 1173 Elle rédige son ouvrage «Liber Vitae Meritorum», se consacre

à une compilation des arts de la guérison et écrit son «Liber Divinorum Operum»

1165 Hildegarde fonde un second cloître à Eibingen au-dessus de la ville de Rüdesheim

1174/75 Le moine Gottfried entame la «Vita» d’Hildegarde

1178 Conflit avec l’archevêché de Mayence qui frappe d’Interdit le couvent de Rupertsberg

17.09.1179 Hildegarde meurt au Rupertsberg

vers

1180–1190 Le moine Theoderich achève le récit de la vie d’Hildegarde

entamé par Gottfried

vers

1223–1237 La procédure de canonisation d’Hildegarde est interrompue pour des raisons inconnues

1632 Le monastère de Rupertsberg est détruit lors de la guerre dévastatrice de Trente Ans

1803 Dissolution du monastère d’Eibingen, lors de la sécularisation

17.09.1904 Les sœurs Bénédictines de l’abbaye Saint Gabriel de Prague s’installent dans la nouvelle abbaye Sainte Hildegarde construite en haut de l’ancien monastère d’Eibingen

1978 – 1994 Des critiques de textes de l’œuvre complète de Saint Hildegarde

sont publiées.

1997 – 1998 Année commémorant le 900ème anniversaire de la naissance de Sainte Hildegarde