L’œuvre d’Hildegarde – reflètant exactement sa propre conviction – est un ouvrage à caractère fortement visionnaire et prophétique. L’origine divine de ce qu’elle a vu et entendu à travers cette Lumière éblouissante et la prise de conscience du sens de sa mission sont, pour elle, indissociables. Son esprit prophétique voulait secouer les gens de son époque, les éclairer, les convertir et éviter que Dieu ne tombe progressivement dans l’oubli. Hildegarde se considérait comme défenseur, porte-parole et instrument de Dieu. Elle se référait sans cesse au Mystère du Très-Haut et mettait en valeur, auprès de ses lecteurs et auditeurs l’Amour divin comme origine et accomplissement de l’être. Elle ne prêchait en aucun cas une mystique spirituelle ou une vie intérieure dénuée du cosmos mais démontrait plutôt la signification, le sens religieux de l’ensemble de l’univers et prônait de vivre résolument et dans le monde, une vie de chrétien. Tout, le ciel et la terre, la foi et les sciences naturelles, la vie humaine sous toutes ses facettes, ses facultés, tout était pour elle le reflet de l’Amour divin et faisait transparaître le Créateur.

Hildegarde de Bingen a rédigé 3 grands ouvrages théologiques – non par goût de l’écriture comme elle le répétera souvent et avec insistance mais plutôt par souci de publier le message qu’elle avait reçu lors de sa vision. Dans la préface de son premier grand ouvrage «Scivias» Hildegarde décrit le nombre d’efforts qu’elle dût fournir pour écrire et vaincre, une force intérieure qui la poussait à abandonner ;

«C’est seulement à partir du moment où Dieu voulût que je sois alitée … je me mis enfin à écrire …» L’œuvre qui résultera d’un travail monumental de plusieurs dizaines d’années est une des peintures universelles les plus imposantes du Moyen Âge – il n’est pas rare, d’ailleurs, qu’elle soit considérée comme l’anticipation et la base d’inspiration de l’œuvre de Dante «Divine Comédie».

Dans son premier ouvrage «Scivias», Hildegarde retrace l’Histoire Sainte depuis la création de l’univers et de l’homme jusqu’à la rédemption et l’accomplissement de la fin des temps, en passant par la naissance et le développement de l’Église.

L’histoire éternelle de Dieu et de l’homme, le drame de l’éloignement et du retour de l’homme vers son Créateur y est racontée de manière unique. Hildegarde essaie de décrire, sans cesse par de nouvelles images, le Mystère indicible de Dieu. Dans le récit de ses visions, toutes composées de la même manière (1. la vision, 2. l’explication, 3. le sens théologique et spirituel), le lecteur est fasciné par la grandeur, la facilité d’éloquence et l’inspiration créative d’Hildegarde.

Tout aussi impressionnante est la puissance d’expression élémentaire des images qui n’est sans doute pas toujours facile à saisir aujourd’hui pour un lecteur. La richesse et la diversité du contenu de son œuvre correspondent à ses nombreuses facultés linguistiques. Elle maîtrise aussi bien le style narratif que le style dramatique, le scientifique que le lyrique. Elle renouvelle le contenu de vieux concepts, crée des mots complètement nouveaux, compose chants et hymnes et s’exerce également en dramaturgie.